Que des environnementalistes s’intéressent aux toiles de grands maîtres est facile à comprendre. Mais qu’ils scrutent les toiles pour obtenir des indices sur la pollution atmosphérique est, disons, peu habituel.

C’est pourtant le cas. L’équipe de Christos Zerefos de l’Académie d’Athènes vient de dévoiler les résultats d’une étude qui a nécessité quelques années de recherche. Ils désiraient déceler des indices de pollution de l’air dans les traits de pinceau des grands maîtres effectués entre les années 1500 et 2000…

Et ils en ont trouvé.

En effet, certaines toiles révèlent des indices significatifs sur la pollution qui affectait les humains au cours des cinq siècles ciblés tant sur les toiles que sur les notes laissées par les artistes de l’époque.

Ils ont notamment étudié des toiles du peintre anglais William Turner (1775-1851), célèbre pour sa maîtrise des couleurs. Plusieurs de ses couchers de soleil, réalisés au début du 19e siècle, se démarquent par leurs teintes rougeoyantes. Or, ces coloris témoignent généralement de la présence de cendres et de gaz dans l’atmosphère.

Et ces coloris se retrouvent dans les toiles d’autres peintres réalisées à la même époque.

Ces toiles, particulièrement celle intitulée Didon construisant Carthage de Turner (notre photo), coïncident avec l’éruption volcanique survenue en Indonésie en avril 1815. En se réveillant, le volcan Tambora avait craché des gaz, de la lave et des cendres en quantité, en plus de tuer quelque 10 000 personnes.

Qui plus est, cette éruption gigantesque avait influencé le climat terrestre. Les archives témoignent d’une année sans été, en 1816, avec une chute de 1 degré Celsius de la température moyenne sur le globe.

Les nus peints dans la nature ont dû être plus rares cette année-là.

Les chercheurs ont également remarqué des accents rouges particulièrement lisibles dans les toiles d’Edgar Degas (1834 – 1917) peintes en 1884 et 1885. Et ces tableaux correspondent à l’éruption du Krakatoa (Indonésie) en 1883. Cette éruption, une des plus puissantes de mémoire d’homme, a provoqué un tsunami perceptible jusqu’en Europe…

En fait, tout est une question de perception. Les particules en suspension dans l’air font dévier une partie des rayons du soleil, ce qui modifie le spectre de lumière perçu par l’œil humain. À preuve, les chercheurs ont demandé à un coloriste grec réputé de peindre des toiles après le passage d’un nuage de poussière provenant du Saraha, en 2010. Résultat : ses rouges étaient plus prononcés.

Surpris?

 

 

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