Parmi les métaphores populaires, on dit qu’une personne est « lâche comme un âne » lorsqu’elle travaille lentement, ou refuse de le faire. Mais on devrait plutôt dire, « lâche comme un aï ».

Méconnu ou presque, cet animal occupe ses journées à regarder le temps passer.  Rien de plus. Bien accroché à sa branche, au sommet d’un arbre, il attend, à moitié endormi, que le vent agite les branches et approche de ses pattes une feuille bien coriace qu’il dégustera lentement. 

Faute de feuille, il dégustera les algues qui prolifèrent sur son pelage. C’est ce que viennent de découvrir des chercheurs qui ont publié les résultats de leurs recherches dans la très sérieuse revue Proceedings of the Royal Society B.

L’aï, aussi appelé paresseux, bénéficie d’un métabolisme lent, très lent, en raison de sa température intérieure qui varie de 23 à 32 degrés (lorsqu’il fait chaud).

Cet habitant des forêts d’Amérique latine est un phénomène en soi. Non seulement il est peu vaillant, mais sa digestion est tellement lente qu’il descend de son arbre une fois par semaine pour faire ses besoins naturels… Un petit trou, une crotte (déposée lentement) et le tour est joué. Mais cette opération prend quelques minutes. Car l’animal perd alors le tiers de son poids. Imaginez.

Lent… Sa vitesse, sur terre, n’est que de 0,6 km/h. Il ne doit donc pas s’éloigner de son arbre. Et cette lenteur le rend très vulnérable face à ses prédateurs.

Une mine d’or
Malgré tous ses défauts, l’aï paresseux compte un grand nombre d’amis chez les papillons. En fait, ils se rendent service en se nourrissant mutuellement. Comment?

Comme l’aï paresseux dort 18 heures par jour et bouge très peu, les papillons vivent sur son pelage. Plus ils les attirent, plus la concentration d’azote est importante dans son pelage. Et plus le taux d’azote est élevé, plus les algues prolifèrent. L’aï profite donc d’un garde-manger mieux garni lorsqu’il lèche sa fourrure pour se nettoyer… lentement, évidemment.

Au surplus, cette prolifération d’algues l’aide à se camoufler en lui donnant un teint verdâtre.

Et pour les papillons, la crotte d’aï constitue la pouponnière idéale pour les larves qui en consomment, une fois écloses.

On assiste donc à un échange de très bons procédés. Les papillons nourrissent l’aï qui, lui, nourrit les papillons.

La nature nous réserve parfois bien des surprises, n’est-ce pas?

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